L’autre Monde

J’étais comme coupée du monde

En face, de l’autre côté du rivage -abîme infranchissable

Le Monde

Je les regardais, assis sur leurs chaises en métal,
buvant leur café, métallique lui aussi

Et je m’interrogeais

À quel moment le vent avait-il tourné ?
Cette “fracture numérique”, comme ils l’appelaient, était pourtant là. Réelle, tangible, presque palpable.

Petit à petit, le monde s’était recroquevillé sur lui-même
Le dos voûté, le regard absent, chacun, chacune aspirée par son téléphone,

avait oublié le monde autour

Petit à petit,
Un silence entendu avait enveloppé les bruits du quotidien, à tel point que
plus personne n’osait désormais nommer les choses

de peur de déranger.

Pourtant, nous étions là

irréels, invisibles, mais invaincues

Nos vies s’arrêteraient sans doute avant leurs rippers, mais le temps, lui continuerait

Imperturbable

Innarêtable

Les rosiers refleuriraient, et avec eux l’espoir

l’espoir d’un matin différent, éclairé

où chacune renaîtrait avec un regard nouveau

prête à déguster le monde

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Une vie à attendre