L’autre Monde
J’étais comme coupée du monde
En face, de l’autre côté du rivage -abîme infranchissable
Le Monde
Je les regardais, assis sur leurs chaises en métal,
buvant leur café, métallique lui aussi
Et je m’interrogeais
À quel moment le vent avait-il tourné ?
Cette “fracture numérique”, comme ils l’appelaient, était pourtant là. Réelle, tangible, presque palpable.
Petit à petit, le monde s’était recroquevillé sur lui-même
Le dos voûté, le regard absent, chacun, chacune aspirée par son téléphone,
avait oublié le monde autour
Petit à petit,
Un silence entendu avait enveloppé les bruits du quotidien, à tel point que
plus personne n’osait désormais nommer les choses
…
de peur de déranger.
Pourtant, nous étions là
irréels, invisibles, mais invaincues
Nos vies s’arrêteraient sans doute avant leurs rippers, mais le temps, lui continuerait
Imperturbable
Innarêtable
Les rosiers refleuriraient, et avec eux l’espoir
l’espoir d’un matin différent, éclairé
où chacune renaîtrait avec un regard nouveau
prête à déguster le monde

